L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S

11.4.13

"La fièvre jaune te tend les bras"

La Femme
Psycho Tropical Berlin

On suit La Femme de plus ou moins loin depuis un moment. Vous auriez dû nous voir à l'époque, fin 2010 / début 2011 avec les copains à Bordeaux, danser comme des fous furieux sur leurs chansons. Les concerts de La Femme, à ce moment là, étaient ce que l'on pouvait trouver de mieux dans la jeune scène française, sincèrement. Leur premier EP, et plus particulièrement le single "Sur La Planche" affolait tout le monde, tant et si bien que notre interview du groupe est l'article le plus lu jamais posté sur ce site. 

Et puis le soufflé est retombé, comme ça, sans prévenir. Leurs concerts avaient beau être dans des salles plus grandes, c'était bondé et on ne pouvait plus bouger. Les rares nouveaux morceaux que le groupe sortait étaient décevants, et l'album qui devait à la base sortir en 2011 (du moins c'était l'idée), n'arrivait toujours pas. On a fini par ne plus rien attendre de La Femme, repensant de temps en temps avec nostalgie aux petits mois de folie douce où elle nous faisait tellement transpirer dans les caves qu'on finissait sans tee shirt. 

Quand lundi, enfin, le premier album (Psycho Tropical Berlin - un nom qui tournait déjà sur leur myspace depuis des mois) est sorti, on l'a plus écouté par curiosité qu'autre chose. Et merde. C'est plutôt un bon disque, avec certains morceaux très très réussis. Par décence, on se retient de paraphraser Julien Clerc et de dire "Femme, je vous aime", mais vous voyez un peu l'état d'esprit.

Alors il y a cette histoire de signature chez Barclay, oui. C'est vrai que ça fait tâche de sortir sur une major de la part d'un groupe qui prônait il n'y a pas si longtemps de ça sa volonté d'indépendance totale et son fonctionnement entièrement basé sur le DYI. Mais prenons un peu de recul et soyons honnêtes. Est-ce vraiment raisonnable de blâmer un groupe qui vient de faire un coup magistral en sortant sur un très gros label, empochant sûrement une coquette somme d'argent (on les sait durs en affaires) et gagnant aussi la possibilité de conquérir un public bien plus énorme tout en conservant ses chansons composées depuis déjà belle lurette ? Non. On peut juste les féliciter d'avoir tout compris au système, en se faisant désirer comme il faut pour ensuite signer un contrat à la hauteur de leurs ambitions - qu'on imagine titanesques. Et puis pour la caution plus underground, on notera que le vinyle sort chez Born Bad et que la pochette est signée Elzo Durt.



Pour qui a l'habitude d'aller aux concerts de La Femme, Psycho Tropical Berlin vous semblera étrangement familier. La grande majorité, si ce n'est toutes les chansons, faisaient déjà partie de leurs setlists en 2011/2012. On retrouve même aussi de nouvelles versions de "Sur la Planche" et "La Femme Ressort" (ce qui n'était pas forcément nécessaire d'ailleurs). "Amour dans le Motu" et "Antitaxi", le tube ultime du groupe (oui, encore plus fort que "Sur la Planche") ont eux aussi bénéficié d'une relecture qui perturbe un peu au début les connards comme nous qui pensent toujours que c'était mieux avant.

Heureusement, les Parisiens sortent de derrière les fagots de sacrés futurs tubes. Prenez "Packshot", par exemple, un morceau très La Femme (oui parce que le groupe a ses gimmicks et pousse même le vice jusqu'à s'autoréférencer, fort de son talent insolent) avec son refrain qu'on peut scander comme un hymne et ses synthétiseurs pour danser. Un accouplement foutraque des années 60 et 80 qu'incarne parfaitement le titre "Si un jour". Leur bio parle d'un mélange de Deux et de Marie et les Garçons, et c'est tellement ça. La Femme a de sacrés bons goûts musicaux et ça s'en ressent dans les chansons.

Il y a aussi les paroles assez géniales de Marlon et Sacha - ce qui peut parfois surprendre quand on voit à quel point ils ont l'air fâchés avec la langue française dans les statuts du groupe sur Facebook. Les deux compositeurs attitrés sont franchement doués, même si on se demande parfois d'où ils sortent leurs sujets : Tchernobyl, la fin du monde dans "It's Time To Wake Up" ou encore la fièvre jaune dans ce qui est probablement la meilleure chanson du disque à bien des égards : "Nous étions deux", où un type annonce à sa copine qu'il l'a trompée avec sa meilleure amie, mais ce n'est pas si grave, car "être cocu c'est pas la mort, c'est toi qui un jour me l'a dit". 


Psycho Tropical Berlin dure un peu plus d'une heure, et forcément, il y a des longueurs. Le plus dommage, c'est qu'elles soient si mal placées, les titres 3 à 5 - de "La Femme" (où la voix féminine a vraiment du mal à passer) à "Hypsoline" qui n'avait déjà pas convaincu lors de sa sortie il y a quelques semaines - sont franchement traînants et forment un moment mort pas très heureux en début d'album. On comprend qu'ils se soient amusés à allonger les morceaux et ainsi faire un grand doigt d'honneur à l'industrie musicale française du genre "hé regardez, on peut faire ce qu'on veut, on vous emmerde, tout le monde est à nos pieds", mais quand même.

Si l'on en croit Barclay ou encore Magic qui en ont fait leur couverture de mars, La Femme est le groupe du futur. Il y a quelques jours encore, on vous aurait dit qu'il était trop tard et qu'ils avaient loupé le coche. Mais depuis qu'on a eu l'album entre les mains, on se dit qu'ils avaient peut être raison. La Femme peut encore nous donner du plaisir, et nous inspirer beaucoup de sympathie.